Il y a des lieux où la lumière raconte déjà une histoire avant même qu’on ait posé une question. Sur les hauteurs de Sermiers, au cœur de la Montagne de Reims, c’est le cas dès le lever du jour : les rangs de vigne s’étirent vers le clocher du village, le ciel s’embrase, et la journée de vendanges peut commencer.

C’est là, à 12 kilomètres au sud de Reims, dans le hameau de Montaneuf, que j’ai passé plusieurs jours à suivre le travail de la maison Champagne Christian Patis, aujourd’hui dirigée par Benoit Patis. Ce reportage photo est né de l’envie de montrer ce que les étiquettes ne disent jamais : les mains, la sueur, la logistique silencieuse d’une récolte, et la fierté tranquille de ceux qui la portent.
Une maison née en 1972, fidèle à son terroir
Le vignoble a été créé en 1972 par Christian Patis, sur les pentes qui dominent Sermiers. Plus d’un demi-siècle plus tard, la propriété familiale perpétue le même geste : cultiver les trois cépages champenois, chardonnay, pinot noir et pinot meunier, sur des coteaux qui regardent la vallée de la Marne.

C’est un vignoble de récoltant-manipulant : ici, on vendange, on presse, on vinifie et on élève sur place, du raisin jusqu’à la bouteille. Une gamme de cuvées en témoigne, de la Grande Réserve Brut au Blanc de Blancs, en passant par le Brut Tradition, le Rosé et le Millésimé — autant de vins récompensés au fil des années par le Guide Hachette des Vins.
Le jour de la vendange

Les photos parlent d’elles-mêmes : sous un ciel de fin d’été, les équipes progressent entre les rangs, sécateur en main, torse nu pour certains sous la chaleur encore vive de septembre. Chaque grappe est coupée à la main, déposée dans les seaux, puis transvasée dans les caisses rouges qui deviendront, l’espace d’une matinée, le motif visuel du reportage — portées à bout de bras au-dessus des feuilles, empilées par dizaines sur les palettes du pressoir.



Le pinot noir, sombre et gorgé de jus, contraste avec quelques grappes de chardonnay encore dorées glissées dans les mêmes cagettes — un rappel que l’assemblage commence bien avant la cuve, dès le choix des parcelles à vendanger le même jour.

Du pressoir à la cave
Retour au chai : les caisses s’entassent dans le bâtiment de réception, en attendant leur tour au pressoir. Plus loin, les cuves inox — certaines encore marquées à la craie de leurs premières indications de cuvée — reçoivent les jus qui commenceront bientôt leur fermentation.

C’est dans cet espace, entre le carrelage humide et l’acier poli, que j’ai photographié Benoit Patis : bras croisés, bottes blanches, tablier bordeaux noué à la taille — la posture de quelqu’un qui connaît chaque recoin de son outil de travail. Le même tablier réapparaît plus loin, dans la pénombre de la cave, où des dizaines de milliers de bouteilles patientent tête en bas dans leurs casiers de bois, le temps que la seconde fermentation fasse son œuvre.




Une dégustation pour conclure
Le reportage se termine comme toute vraie visite de champagne : par une coupe. La mousse se forme dans les verres siglés Christian Patis, posés sur une table en bois sombre — un instant simple, presque silencieux, après des heures de vendange et de travail de cave.
En contrepoint, les images du vignoble lui-même : les rangs qui filent vers l’horizon, le village de Sermiers niché entre vignes et champs, la maison Ch. Patis reconnaissable à son toit rouge et son enseigne peinte à même la façade. Un paysage de la Champagne rurale, loin des clichés des grandes maisons, mais qui produit certains des champagnes les plus attachants de la région — parce qu’on peut encore y croiser, un jour de vendange, la famille qui les fait.






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